15 décembre 2017

Puppet trap – à la Tournelle

Soit Jano, un marionnettiste chilien en tournée au Chili. Soit un flic zélé qui découvre 2 grammes d'herbe dans son sac. Voici Jano en prison, accusé de narcotrafic, au milieu des vrais tueurs. Le voici même jeté dans une cellule du quartier de haute sécurité où tous les types enfermés sont convaincus qu'il est une balance envoyé par la direction pour les espionner.


C'est le début de l'histoire (vécue) racontée par Puppet trap, un spectacle pour un marionnettiste (qui anime les marionnettes, sans surprise) et un comédien (qui joue tous les personnages, y compris parfois le marionnettiste). Au delà d'un récit très fort sur l'incarcération et l'intérêt et la difficulté de rester artiste dans les circonstances les plus difficiles (toi ! fais-nous un spectacle !), le dispositif très réduit de la pièce est remarquable. Le jeu de transformations du marionnettiste en marionnettes, la plasticité du jeu d'acteur de Blaise Froidevaux, le montage serré et puissant du récit donnent un excellent spectacle. C'est à la fois horrible et vraiment drôle, comme seules les choses les plus vraies peuvent être drôles.




04 décembre 2017

Moi, Boy – Roald Dahl

L'autobiographie d'un enfant : à l'intention de ses jeunes lecteurs, Roald Dahl raconte dans ce génial petit livre certains de ses souvenirs d'enfance les plus forts. Depuis son histoire familiale (immigrants norvégiens venus dans le pays de Galles), en passant par ses débuts à l'école, ses relations mouvementées avec la dame de la confiserie, les professeurs battant les élèves à coup de canne, les vacances magiques en Norvège, les cruauté des pensionnats anglais... jusqu'à ses débuts professionnels comme homme d'affaires pour la Shell dans les années 30.
Ce livre est un vrai livre de Roald Dahl : le lecteur se sent complice du héros du récit, les scènes cruelles et les méchants y sont nombreux et l'enfant courageux traverse plus ou moins indemne les épreuves les plus absurdes. Il est aussi un plaidoyer très virulent contre les violences injustes faites aux enfants. Les coups reçus ont marqué la mémoire de Roald Dahl, comme l'ont marqué aussi les bontés gratuites et l'amour incroyable et fidèle de sa mère et de sa famille.
D'un point de vue littéraire, on s'apercevra aussi que certaines des créations imaginaires les plus marquantes de l'auteur ont des sources profondes, que ce soient les sorcières-confiseuses de Sacrées Sorcières, l'horrible Mlle Legourdin de Matilda, et la chocolaterie en folie de Charlie... 
Moi, Boy est un très beau livre, le récit d'un enfant à l'attention d'autres enfants.
A conseiller à partir de dix ans.

02 décembre 2017

L'étoffe des héros – Tom Wolfe

Voilà la preuve qu'il y a encore en moi le petit garçon et l'adolescent qui lisait avec passion les aventures de Buck Danny, qui montait des maquettes d'avion et qui a fait des études d'aéronautique avant de changer complètement de voie. Cette jeune personne était capable de se figurer mentalement la silhouette du Bell-X1 ou du X15, d'un F86, d'un F100 ou de tout un tas de machins supersoniques absolument formidables et savait tout à fait décrire les affres d'un appontage de nuit en pleine tempête.
Je craignais de lire, avec l'étoffe des héros, un bouquin teinté de reaganisme et de néo-héroïsme viril américain. J'avais tort : ce livre, qui se parle essentiellement des Mercury seven, les sept premiers astronautes américains, pionniers de l'exploration spatiale dans ce pays, s'intéresse à l'histoire et à la psychologie de ces hommes particuliers, pilotes de guerre, as de la chasse, pilotes d'essai, membres d'une confrérie imaginée, compétiteurs permanents en même temps que frères de combat et d'aventure. Tout en égrenant les moments d'une histoire incroyable (entre le franchissement du mur du son par Chuck Yeager et la fin du programme Mercury durant les années 60), pleine d'avions, de fusées, d'aventures et de suspense, le livre s'intéresse aux familles, aux épouses, aux politiciens, aux ingénieurs, aux médecins, au rapport à l'argent, au rythme cardiaque de ces gens-là. C'est écrit dans un style journalistique, à la fois familier, proche et précis, sans concessions (j'imagine que certains partis pris de l'auteur n'ont pas dû plaire), de manière toujours imagée et souvent très drôle. Le centre du propos du livre est bien sûr cette notion d'étoffe, celle qu'on a ou qu'on n'a plus, celle que possède un homme pris dans un NF104 au moteur arrêté chutant depuis 40 000 mètres d'altitude comme un vieux tuyau et qui parviendra à s'en sortir.
Je m'étais dit: j'en lis cinquante pages et je vois si ça me plaît. Les centaines de pages ont défilé en vitesse. Je suis maintenant curieux de voir le film ! (est-ce qu'on y voit voler un X15 ?)





01 décembre 2017

Fanfan la tulipe – Christian-Jaque



Il était une fois un pays charmant qui s'appelait la France. Regardez-la par le petit bout de la lorgnette, c'est elle en plein xviiie siècle. Alors on vivait heureux, les femmes étaient faciles et les hommes se livraient à leur plaisir favori : la guerre — le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part.

Un autre film du dimanche, et un plongeon plus loin dans le passé. Noir et blanc, années 50, Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. 



Fanfan est un jeune homme bien fait de sa personne, qui a peu de fortune, beaucoup d'audace, une forme d'inconscience et un paquet de chance. Pour échapper au mariage avec la fille d'un fermier, il s'engage dans l'armée, bien persuadé qu'il épousera la fille du roi. Bagarres, rencontres, coïncidences folles et combats sur le toit plus tard, il finira par rencontrer Louis XV et changer le cours d'une bataille.
Le film est rigolo, très enjoué, pas mal filmé du tout. Ca galope, ça ferraille, il y a des bons mots tout le temps: j'ai été surpris de découvrir à quel point c'était écrit.

Tu aimes Fanfan, dis-tu ? Remercie-moi donc : mon caprice t'offre l'occasion de lui donner la plus grande des preuves d'amour en trahissant pour le servir la fidélité que tu lui as juré.


Pour le reste, les enfants ont été troublés par le noir et blanc. Le son années 50 et la diction très "comédie française" des acteurs (par ailleurs très bons) rendent les dialogues parfois difficile à saisir. Et si on regarde le film d'un œil moderne, on sera choqué par le personnage féminin. Adeline La Franchise ne sert, par ses appâts, qu'à mouvoir tous les hommes du récit, et n'a par elle-même pas beaucoup d'initiatives...


J'suis pas pressé ! Dès l'instant que mon avenir est assuré, j'aurai la patience d'espérer dans la certitude.

Reste un film très joyeux, énergique et sautillant. Ca se regarde très bien.

30 novembre 2017

La forteresse cachée – Kurosawa



Japon, XVIème siècle (ou quelque chose comme ça). Deux pauvres types, Tahei et Matashichi, soldats d'une armée vaincue, tentent de rentrer chez eux. Mais le clan Akizuki a bien été vaincu, et le clan Yamana garde la frontière... Avec d'autant plus d'attention que ni la princesse des Akizuki, ni le trésor du clan (700 kilos d'or !), n'ont été retrouvés.
Et devinez sur qui et sur quoi nos deux zozos vont finir par tomber, cachés dans les montagnes ? 

Sur ce blog, on aime beaucoup le cinéma de Kurosawa. Et la Forteresse cachée fait sans doute partie de ses meilleurs films : une histoire d'aventures pleine de rebondissements où une équipe improbable (une princesse, un samouraï et les deux individus précités) tentent d'aller de A à B recherchés par tous les soldats de l'ennemi. Il y a des scènes de combat de sabre, Toshiro Mifune et son rire énorme, des moments de suspense, de la justice sociale, une princesse de seize ans en short (si, si) avec un caractère terrible, le tout servi par un cinéma de grands espaces et de grande classe et un récit qui passe du plus léger au plus fort. Kurosawa compose des images et des situations d'une incroyable beauté.
 Waow.




 Hito-no ichochi-wa hito moyase.
La vie de l'homme s'embrase dans les flammes






29 novembre 2017

Retour au Grand Budapest Hotel


Nous avions beaucoup aimé voir le Grand Budapest Hotel au cinéma, et nous avons eu l'idée curieuse de le montrer à Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Est-ce un film adapté pour les enfants ? Oui, non, pas vraiment, mais en fait c'est très bien passé tant la fantaisie et l'univers de Wes Anderson peut à la fois faire rire et effrayer. Les turpitudes sexuelles de M. Gustave sont globalement sous-entendues. Zéro est un très beau personnage et on histoire d'amour avec Agatha est enchanteresse. Bien sûr, nous avons pris un petit peu de temps pour expliquer aux jeunes spectatrices le contexte du film : l'Europe d'avant, celle de Stefan Zweig. Mais finalement, pour elles qui vivent en Suisse, le décor n'avait rien de très surprenant...



Seule scène choquante (accrochez-vous à vos fauteuils), le moment où l'horrible Jopling jette le chat de l'avoué Kovacs par la fenêtre. Les spectatrices ont hurlé d'horreur. Pour le reste, les doigts coupés, les massacres à la petite cuillère aiguisée et les nazis, c'est passé sans cauchemars. Et la musique du film a joué dans la maison pendant plusieurs jours après le visionnage.
(et oui, j'aime toujours autant le film. Pour moi, il pourrait durer à l'infini, je ne m'en lasserais pas)






 

27 novembre 2017

Le baron perché - Italo Calvino

Un beau jour du XVIIIème siècle, le jeune Côme Laverse du Rondeau, fils du baron d'Ombreuse, refusa de manger les escargots qu'on lui servit au dîner. Et, pour marquer sa protestation, il monta dans un arbre voisin et refusa d'en descendre jamais.
C'est de ce postulat curieux, improbable et merveilleux que part le baron perché, chef d’œuvre d'Italo Calvino. Je l'avais lu adolescent et en avais gardé des souvenirs indécis, je n'avais pas trop aimé, pas trop compris. Il vaut mieux redécouvrir certains livres: le baron perché est une merveilleuse fantaisie, un conte philosophique, un récit d'aventures... Ses chapitres suivent la vie de Côme dans les arbres, de sa jeunesse exploratrice à ses luttes contre les brigands et les incendiaires, jusqu'à ses engagements politiques. Ayant introduit dans le récit un point de départ presque absurde, Calvino le tient avec le plus grand sérieux tout le long du livre et nous enchante des aventures de son héros portant un des plus beaux prénoms du monde : duels, franc-maçonnerie, actions politiques, histoire d'amour passionnée avec l'insupportable Violette... Le baron perché est un livre léger et grave à la fois, plein de grâce. Un enchantement pour le lecteur, une merveille, un de ces livres qui nous aide à traverser le monde tel qu'il va, déployant sur nous les doux feuillages des yeuses de sa baronnie imaginaire.